Revenus des radars photos : une taxe « déguisée » ?
Juin 2011- Le gouvernement multipliera les radars photos sur les routes du Québec, bien que le recours à ces appareils reste controversé. Beaucoup d'automobilistes y voient, par exemple, une machination de nos élus pour venir chercher encore plus d'argent dans nos poches.
On ne connaîtra jamais les véritables motivations de nos politiciens dans cette histoire. L'ex-ministre des Transports et marraine des radars, Julie Boulet, avait peut-être de nobles visées en les introduisant sur nos routes. Il faut lui laisser le bénéfice du doute.
En revanche, toutes les bonnes intentions du monde ne pourraient pas empêcher les radars photos de devenir ce que les Français appellent affectueusement des « pompes à fric », ou en bon Québécois « une taxe déguisée ». Nos routes seraient alors truffées de radars générant d'importants revenus pour l'État, sans pour autant améliorer la sécurité routière de manière significative.
Le gouvernement a bien tenté de rassurer les automobilistes. Il a promis en effet que l'argent des amendes serait versé dans un fonds consacré exclusivement à des initiatives de sécurité routière, sur le modèle de ce qui a été fait en France.
Voilà qui n'a rien de rassurant. Les radars automatiques ont rapporté 447 millions d'euros à l'État français en 2008. Or, seulement 200 millions d'euros ont été affectés à la sécurité routière, soit un maigre 45 % de l'argent! Et le fonds n'existe que depuis quelques années à peine.
Celui qui dénonce cette situation en France n'est pas un sociopathe au pied pesant. Non. Hervé Mariton, député et rapporteur spécial du budget des Transports à l'Assemblée nationale, est un ardent défenseur des radars photo. Il craint qu'un tel détournement d'argent n'alimente la grogne des Français et ne remette en question la présence des radars sur leurs routes.
Un détournement d'argent de cette ampleur pourrait évidemment se produire au Québec. Nos politiciens ne sont pas plus vertueux que leurs homologues français. Eux aussi sont des boulimiques de la dépense, et ils n'ont pas hésité dans le passé à piller des fonds que l'on croyait inviolables.
On se rappellera que deux gouvernements successifs ont détourné plus de 2 milliards $ du Fonds d'assurance automobile afin de combler leurs déficits dans les années 1980 et 1990. C'est ce pillage qui explique en grande partie que la SAAQ ait doublé le prix de notre permis de conduire entre 2007 et 2010. Plusieurs propriétaire de motocyclettes ont eu à subir des hausses encore plus brutales du prix de leur immatriculation.
On se rappellera aussi que le gouvernement canadien a prélevé plus de 50 milliards $ dans les surplus de la Caisse de l'assurance emploi à partir de 1996 pour l'utiliser à sa guise. Plus récemment, on apprenait que 434 millions $ issus de la taxe fédérale pour la sécurité aérienne avaient été engloutis dans le Fonds consolidé, entre 2002 et 2005 seulement.
Qui croit encore que les revenus des radars photo seront dirigés exclusivement vers des initiatives de sécurité routière, dans quelques années à peine? Les 15 appareils que compte le Québec en ce moment ont rapporté plus de 6 millions $… en seulement 6 mois! Imaginez la manne quand ils se multiplieront. Aucun politicien aux prises avec un déficit budgétaire comme le nôtre, sans oublier une dette faramineuse, ne pourra résister à la tentation.
Si le gouvernement avait voulu rassurer les automobilistes, il aurait dû renoncer complètement à cet argent. Tous les ans, les revenus des radars pourraient être redistribués aux conducteurs n'ayant aucun point de démérite à leur actif. Et pourquoi pas? Le gouvernement n'aurait plus aucune raison bassement pécuniaire de multiplier les radars, de les placer dans des endroits aberrants, ou même de ne plus indiquer clairement leur présence.
L'utilisation des radars photos sur nos routes pose de nombreux problèmes, qu'on ne peut pas ignorer. Il ne faut surtout pas mettre fin à ce débat.
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