Les grands perdants des Outgames
Par Claire Joly
Directrice générale
Ligue des contribuables du Québec
On serait en droit de s'attendre à ce que les gouvernements tirent des leçons des fiascos financiers du passé... Les Jeux olympiques de 1976 sont tristement célèbres pour leurs gigantesques dépassements de coûts et l'énorme dette que nous avons dû rembourser durant 30 ans. Les politiciens d'ici savent donc comment éviter que les événements sportifs internationaux ne deviennent des gouffres financiers, non? Erreur!
En 2005, les contribuables montréalais ont dû absorber le déficit des Championnats du monde des sports aquatiques. Et alors que l'année 2006 vient à peine de se terminer, les contribuables du Québec vont devoir éponger un autre déficit, cette fois-ci celui des Outgames.
Avec ses 12 000 participants, les Outgames 2006 devaient être un événement sportif et culturel majeur. Les organisateurs ont prétendu qu'il avait généré un profit de 200 000 $ et claironnèrent qu'il s'agissait d'un succès financier. C'est seulement après l'événement qu'un contrôleur financier du gouvernement du Québec découvrit que les Outgames affichaient en réalité un déficit de 5,3 millions $. Un trou béant, considérant que le budget total de l'événement était de 15 millions $. La moitié de cette somme provenait d'ailleurs de la Ville de Montréal et des deux gouvernements.
Mais ce n'est pas tout. Les contribuables devaient aussi apprendre que les Outgames ont été renfloués à deux reprises, dont une fois à peine une semaine avant la cérémonie d'ouverture! Les organisateurs sont allés voir nos sages élus en pleurnichant à propos d'un soi-disant manque de liquidités. Sans aide, se lamentèrent-ils, l'événement devrait être annulé, rien de moins! Le comité organisateur des Outgames réussit donc à obtenir une marge de crédit d'un million de dollars de la Ville de Montréal, et une autre de 1,5 million $ du gouvernement du Québec. Comme les Outgames ont fait faillite quelques mois plus tard, nous ne reverrons jamais de cet argent. Pourtant, comme ce fut le cas pour le fiasco des Championnats aquatiques, les signes annonciateurs d'un désastre financier ne manquaient pas.
Les contribuables n'étaient cependant pas au bout de leurs surprises. Alors que nous apprenions l'ampleur du déficit des Outgames, un porte-parole du gouvernement du Québec fit une suggestion étonnante : à l'avenir, le gouvernement devrait exiger que leur contrôleur financier siège au conseil d'administration supervisant l'organisation de tout événement recevant des subventions d'importance.
Pardon?? N'est-ce pas déjà une pratique courante? Une mesure de surveillance élémentaire? Et bien non! Nos politiciens versent des millions de dollars à des organisateurs d'événements sans s'assurer que notre argent ne s'envolera pas en fumée. Quelle irresponsabilité! C'est enrageant! C'est inadmissible! Soyez assurés que la Ligue des contribuables protestera vigoureusement la prochaine fois que nos politiciens décideront de jouer les banquiers pour des événements sportifs internationaux - sans même se soucier de mettre en place des mesures de surveillance. Nous en avons assez des fiascos!
Ce n'est pourtant pas très compliqué : un promoteur avec un plan d'affaires solide ne devrait avoir aucune difficulté à attirer des investisseurs privés pour financer entièrement l'événement qu'il se propose d'organiser. Sinon, c'est probablement que le projet est douteux, et les gouvernements ne devraient surtout pas s'en mêler!
Article publié dans l'édition de janvier-février 2007 du magazine The Taxpayer
(lire nos autres chroniques publiées dans ce magazine...)
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